La Forteresse Assiégée

La Citadelle de Bitche


Cette vision soudaine d'un vaisseau posé au creux des Vosges vous coupe le souffle. Longue de 500 m, placée sur une gigantesque table rocheuse de grès rose, elle fut le siège, durant la guerre de 1870, du plus long siège de cette guerre oubliée, dont les marques de fabrique sont la bêtise des élites, le sacrifice de masse des soldats et la souffrance des populations. La population de la ville de Bitche qui enserre en anneau cette magistrale émergence, finit pas s'y réfugier. Et la citadelle se rendit, bien après la capitulation de l'Empereur.


C'est sur invitation de Christian Schnell, alors Secrétaire Général de la mairie de Bitche, et avec lequel je travaillais alors pour la mise en valeur d'un fort de la ligne Maginot, tout proche, que j'avais pu, un jour, devant une assemblée du Conseil général de Moselle et de la mairie, lancer la réponse suivante à là question qu'il m'avait posée: comment mettre en valeur la citadelle ?


- "je pense qu'il faut faire du cinéma. Seul le cinéma, peut donner à un gamin l'idée de la puissance d'un hussard à cheval, au contraire des gravures ou des tableaux qui illustrent les livres d'histoire ou sont reproduits dans les musées. Pour cela il faut aller chercher de grands acteurs. Le public viendra à la fois pour la citadelle, et pour une affiche de cinéma!".


Et quelqu'un dans l'assemblée, enthousiaste, a dit :

- "Oui ! Gérard Depardieu !".


C'était parti.


Nous étions entrés dans le Marais par République, tôt le matin, et nous traversions à présent les bureaux vides d'une petite boîte de prod de cinéma devant laquelle j'étais passé dix fois en allant voir des copains scénographes qui avaient un atelier rue Charlot. Et nous sommes arrivés, Rémy Pellequer et moi-même, tout au fond d'un couloir, dans le minuscule bureau de Gérard Mordillat.


- "J'ai un projet de mise en scène sur la guerre de 1870 ; je veux faire du cinéma ; je cherche un écrivain ; je voudrait que ce film soit coproduit par la télévision", ai-je débité d'un trait une fois assis.

Je travaillais depuis un an environ sur la mise en valeur de la citadelle de Bitche. Cette citadelle, placée à la porte des Vosges au bord du plateau Lorrain, vous apparaît d'un seul coup quand vous roulez vers l'Est.

J'ai, sur commande de la mairie, conçu le cahier des charges, défini les systèmes de projection dans 10 salles souterraines de la citadelle, écrit un pré-scénario de film, défini le fonctionnement et la technique de gestion du public (gestion du public en 10 stations avec casques, qui me servira peu après pour la programmation de la Restitution de la Grotte Chauvet) et chiffré le tout.

Christian Schnell a monté de dossier de financement auprès de l'Europe. Un an après il l'obtenait. Plus d'un million de Francs à l'époque. C'était beaucoup d'argent. il faut le reconnaître: Christian Schnell est un as.

Entre temps j'avais eu une autre idée.

Je m'étais dit : "Comme nous allons tourner avec de grands acteurs, pourquoi ne pas produire en même temps un film de télévision et un film pour le site? Et du coup, monter une coproduction avec une télévision". J'avais même poussé le bouchon jusqu'à imaginer un concept où "des lieux prêteraient leur prestige au cinéma, et le cinéma sa perfection aux lieux, le tout étant diffusé sous des formes adaptées, sur les sites et en télé".


J'en ai parlé à des copains, qui m'ont faut rencontrer des banquiers du cinéma, qui m'ont dit: "Votre idée est géniale, mais on ne voit pas comment cela peut marcher".

Çà, c'est un grand classique.

Mais en même temps, j'avais étudié le fonctionnement du cinéma. Et j'ai fini par comprendre cette chose inimaginable pour moi, issu du monde des ingénieurs : dans le cinéma, la seule chose qui compte, c'est le scénario.

J'ai découvert, avec délice, que l'exercice premier d'une création, quelle qu'elle soit, relevait d'une pensée, d'une pensée littéraire, et d'une écriture littéraire.

C'est ainsi que j'ai débarqué chez Mordillat, pour lui déclarer (vous sous souvenez ?) :

- "J'ai un projet de mise en scène sur la guerre de 1870. Je veux faire du cinéma, je cherche un écrivain, et je voudrait que ce film soit coproduit par la télévision".

Et Gérard Mordillat a répondu :

- "Je suis cinéaste, je suis écrivain et je siège aux commissions ARTE."

Nous avons doublé la mise financière publique. Nos têtes d'affiche furent François Cluzet, Virginie Ledoyen,  Patrick Mille et Jacques Pater. Nous avons tourné avec 500 figurants, des associations allemandes, des chevaux de guerre, des armes et costumes d'époque. Le film fut diffusé deux fois par ARTE en 4 ans, et  adapté pour les 10 salles souterraines de la citadelle.

 

Et 100 000 personnes y passent chaque année.