LE VIETNAM

My Hanh l'appelait le triangle de fer. De l'effroyable déluge de fer, de feu et de produits chimiques qui s'était abattu au nord de Saigon, témoignaient encore trente années après la fin de la guerre les entrées de tunnels qui bordaient la rivière Saigon, rives vers lesquelles je cours toujours dès que je le peux, à grands coups de pédales, pour y trouver ces papillons extraordinaires, car ils volent comme des oiseaux : les ornithoptères. Professeure de biologie végétale à l'université de Saigon, My Hanh souhaitait faire le don à son village, et au Vietnam, de cette promesse: le bambou vous aidera à reconstruire ce pays.

J'avais été invité dans le village de My Hanh comme assistant en programmation par le Parc Naturel Régional du Pilat, et plus précisément par Jean-Paul Guérin pour lequel j'avais réalisé la scénographie de la Maison du Parc - ce qui nous avait lié d'amitié -, pour aider à définir un Écomusée du Bambou.

Entre-temps j'avais inventé ces histoires de Tempêtarium, ou "quand les éléments naturels entrent dans les théâtres".

Et il y eu cette tempête il y a 3 ans, qui a couché tous tes bambous, My Hanh.

Alors, nous avons décidé de construire à Phu Ann, dans ta bambouseraie, un Tempêtarium de bambou.


Sur la base d'une histoire qui serait une métaphore entre la tempête et la guerre, et qui exprimerait ta foi en la reconstruction des choses anéanties, par le courage, le travail,

et par une vision.


Nous avons passé des jours et des nuits dans cette propriété magnifique: la bambouseraie de My Hanh, avons discuté sous les étoiles avec ses invité, dont toi, chère Évelyne Garnier-Zarli, doyenne des universités francophones, rencontrée sous ce toit de bambou (je me souviens absolument de notre discussion de ce soir-là), et, bien sûr, construit cet Écomusée. Sylvain Roca, avec quelle grâce, en a dessiné le projet muséographique.


Quelques années plus tard, My Hanh s'est envolée pour l'Amérique en compagnie du président du Vietnam pour recevoir, en hommage à cette création, le prix Equator Initiative décerné par l'ONU, en compagnie de très grandes dames du monde entier, héroïnes elles aussi en leur pays, et dont la simple idée de l'existence redonne foi en l'avenir.