Les Ariums©

L'espace immersif de la grotte Chauvet


1. La grotte Chauvet


La grotte Chauvet est comme une Arche de Noé, un vaisseau qui aurait traversé les temps, conduisant jusqu'à nous ses précieux passagers. D'abord, il y a la géologie, nimbant de cristaux tout ce qui pouvait l'être ; puis l'ours des cavernes, déposant délicatement ses ossements comme un hymne aux origines animales de la vie ; et l'homme, enfin, lançant ses visions sur ces parois d'argile meuble.
 Et à l'intérieur de ce vaisseau, "tout est resté comme si ils étaient partis hier, ou il y un instant".


Certains y ont passé plus de cent jours, et se sont endormis, la tête dans les étoiles, sous ces alcôves sublimes. Car toutes les grandes fresques que Chauvet sont liées à des alcôves géologiques. 

D'autres, et j'en ai été, y ont passé des dizaines d'heures. Nous avions, à l'époque, pour mission d'équiper et de sécuriser la grotte en vue de son exploration par les scientifiques. C'est aussi nous qui avons établi le protocole, toujours en vigueur, interdisant aux scientifiques de martyriser les sols de la grotte. Plus tard, j'ai gagné le concours de conception - réalisation de cet espace de restitution.
C'était en 2000.


La restitution vient d'ouvrir.


La grotte est restée vierge de toute intervention humaine.



2. Un vaisseau voyageur dans l'imagerie développé pour la grotte Chauvet



L'espace, ou l'objet, fait 9 m x 6 m, soit un peu moins de 50 m2 compte-tenu de sa forme globalement ovale. Sa hauteur est calée sur la hauteur disponible dans l'espace EXPERIMENTA du CEA, soit
inférieure à 3,5 m.


Il est démontable, remontable, mobile.


L'objet se compose de :


- ossature métallique réalisée en pont lumière, classique.
- double enveloppe de résille blanche ou métal froissée d'une part et lisse d'autre par,
- textiles blancs au sol.


Le centre du pont lumière supporte un plateau qui dissimule les projecteurs numériques. L'image est formée sur les parois et le sol. Dans cette configuration (dimensions, et forme), 10 à 12 projecteurs sont nécessaires pour former cette image complète.



Cette image est une bulle (une image sphérique) qui voyage dans l'imagerie de la grotte, c'est à dire dans la grotte Chauvet réelle. Elle peut se dilater ou rétrécir, avancer ou rester fixe, et pivoter sur les 3 axes.
Elle est ensuite décomposée sur les 10 à 12 projecteurs numériques. Pour cela un modèle numérique de l'espace immersif a été réalisé, avec le positionnement futur des projecteurs, et par conséquent, avec la forme finale des images réceptionnées par les parois. Ce modèle permet de créer une image complète, continue, parfaite, et tenant compte des déformations locales ou globales de l'espace immersif.
Puis l'espace est assemblé, les projecteurs mis en place, les contours d'images calés. La bulle voyageuse est devenue le vaisseau voyageur, qui n'attend plus que son public.



3. Les scénarios


La mise en scène du temps " les porteurs de lumière" (F.Ravatin)


La coque du vaisseau immersif n'est pas opaque : constituée de superpositions de résilles, elle permet la perception des ombres et de la lumière, à travers et au-delà de ses parois.
Alors nous donnons aux visiteurs une petite lampe, à la flamme vacillante. Et, de ce vaisseau, ils font le tour, avant d'y pénétrer. Cette procession d'ombres mouvantes et de points de lumière fragiles est perçue par les visiteurs placés en état d'immersion depuis l'intérieur de l'espace.
Ainsi, les personnes sont-elles devenues, les unes pour les autres, et l'espace d'un instant, ces personnes préhistoriques qui voyageaient dans la caverne originelle, aux temps premiers.
Et les deux s'additionnent.



Le scénario du voyage "des étoiles aux étoiles" (F.Ravatin, G.Perazio)


Le voyage qui est proposé par la bulle est le suivant :


1- nuage de points qui avancent : la constellation des points des relevés de Guy
Perazio, comme des étoiles dans l'espace,


2 - triangulation de ces points (image mathématique),


3 - surfaçage (métamorphose),


4 - matiérage : découverte de la concrétion du "Cactus" (galerie du cactus, qui est aussi la galerie de la découverte),
 
5 - déplacement de la concrétion vers les représentations d'ours de cette galerie,


6 - déplacement de la représentation d'ours vers le sol. Défilement niveau sol.
Vision et traversée d'un crâne d'ours des cavernes,


7 - On se relève. Entrée de la galerie des Mégacéros,


8 - La grande fresque finale : celle des lions,


9 - Zoom sur l'alcôve du cheval,


10 - On se rapproche de la tête de cheval, on crève la paroi,


11 - On est dans l'espace, devant la nébuleuse "tête de cheval", on avance vers elle.


12 - les étoiles deviennent les points de Guy Perazio.